Reprenons ci-dessous le compte-rendu préalable de l'émission effectué par Jean-Pierre Petit avant la diffusion, et indiquons les passages coupés au montage en rouge souligné :
Stéphane Bern, animateur de l'émission, commence par présenter le thème retenu :
« Pensez-vous que les extraterrestres nous aient rendu visite
et qu'ils puissent être actuellement présents sur Terre ? »
J'interviens immédiatement en disant que j'aurais aimé que ce thème soit : « L'étude du dossier ovni peut-elle se révéler scientifiquement féconde ? » mais j'ajoute que ce n'est qu'un "vœu pieux" puisque le sujet est maintenant fixé.
On procède au vote au sein d'un public composé en grande majorité de jeunes. À la question posée, le public répond, en début d'émission :
46 % oui, 54 % non.
Les participants sont regroupés en deux "camps", qui se font face : le "camp des oui" et le "camp des non". Deux "avocats" sont présents, qui sont censés faire à l'issue du débat la synthèse des propos tenus. L'un "défend le thèse du oui", et l'autre "la thèse du non".
Aux côtés de l'animateur se trouve une personnalité connue. Ce soir-là, c'est l'actrice Anémone, venue présenter le dernier film auquel elle participe. Elle interviendra à plusieurs reprises, essentiellement pour faire de l'humour. Questionnée à plusieurs reprises par Stéphane Bern, elle confirmera avoir été témoin d'ovni mais répétera à deux reprises « pour moi, ce sont les militaires ».
Bern me questionne alors sur le sujet Ummo en disant, en gros :
- Jean-Pierre Petit, vous avez fait toute votre carrière de cherche au CNRS, et cependant vous pensez que la Terre a été visitée par des extraterrestres venant d'une planète, Ummo. Croyez-vous réellement à tout cela ?
Je reste un peu interloqué par cette ouverture. Je réponds en évoquant une première fois notre décision de créer une association et un laboratoire, consacré à l'étude scientifique du dossier ovni. Bern semble un peu déçu par ma réponse, qui lui semble être une esquive et répond :
- Je reviendrai vers vous quand vous accepterez de me parler de l'affaire Ummo.
Je répondrai quelques minutes plus tard en disant :
- Vous m'avez questionné à propos du dossier Ummo et je n'ai pas répondu parce que la question n'était pas correctement posée. Je n'ai jamais dit ou écrit que je croyais en tout ce que contenait ces lettres Ummites. Au fil de toutes les émissions de radio et de télévision auxquelles j'ai participé, j'ai toujours dit que le verbe "croire" ne faisait pas partie du vocabulaire du scientifique. Ce que j'ai toujours dit et que je peux ici répéter, c'est que ces documents contiennent des informations scientifiquement exploitables. J'en ai exploité sous la forme de publications faites dans des revues scientifiques de haut niveau.
Bern a alors évoqué "la théorie des univers jumeaux" en quelques mots. Comme le sujet est complexe et que l'ambiance n'est pas une "ambiance science", je ne juge pas opportun de reprendre ce propos en le développant. Bern semble s'estimer satisfait par cette réponse et ne me relancera plus sur ce dossier dans la suite de l'émission.
Le débat commence par l'évocation de la célèbre et classique affaire de Valensole et de son témoin, monsieur Masse (que j'ai bien connu). Je crois que c'est Vélasco qui évoqué alors "la très sérieuse enquête faite par la gendarmerie". Il dit que ce cas a été très bien enquêté par la gendarmerie et parle d'une trace au sol sous forme d'un trou cylindrique d'une dizaine de centimètres de diamètre et de trente centimètres de profondeur, se ramifiant ensuite selon d'autres canaux de plus faible diamètre qu'on a découvert à l'endroit où Masse disait avoir vu se poser un engin de la taille d'une petite voiture. Il rappelle que le témoin a été paralysé par un des deux occupants, descendus de l'appareil, des humanoïdes de petite taille, à grosse tête.
Dominique Caudron, "ufologue", commente en déclarant que rien ne dit que cette trace n'était pas préexistante avant que Masse ne rapporte son témoignage.
Je juge utile d'intervenir en précisant que ceci ne constitue pas l'unique trace au sol lié à ce cas. Masse a décrit l'endroit où l'objet était positionné, puis sa trajectoire oblique, au moment de son décollage. On sait (des photos ont été prises, qui ont été reproduites dans de nombreux livres) que les lavandes, sur cette trajectoire, ont été altérées et ne repousseront pas pendant de longues années.
Caudron, qui a omis cet aspect du dossier, qu'il ne peut ignorer (c'est un grand classique du genre) n'insiste pas.
Pendant toute l'émission, plusieurs personnages auront des contributions de faible épaisseur. La psychologue Ghislaine Corazza le Guen tentera à de nombreuses reprises de ramener tout témoignage, même rapporté avec la plus grande précision (comme ceux de Duboc ou de Nelson Montfort) à des hallucinations ou une mauvaise interprétation d'un autre type de phénomène. Ainsi, à propos de témoignage de l'ancien commandant de bord, dont on sait qu'il fut totalement corrélé avec une observation faite sur des radars au sol, elle suggérera qu'il puisse s'agir d'une météorite. Quelqu'un lui fera remarquer que les météorites ne se déplacent pas au dessus du sol à 250 km/h, vitesse mesurée par le radar situé au sol.
Le second intervenant, aux propos assez vides, est un homme travaillant comme biologiste au CNES, dont nous apprenons également qu'il est religieux et plus précisément dominicain. Son antienne, à quelques mots près :
- Je ne comprends pas pourquoi, à propos de tous ces phénomènes, on invoque aussitôt une question de visites d'extraterrestres. Je ne vois pas le lien. Depuis des temps reculés, les hommes ont toujours fait état d'observations très singulières.
Il ne développera pas vraiment sa vision des choses. Je regrette de ne pas lui avoir posé la question « croyez-vous aux miracles ? »
Durant toute l'émission, il gardera ses deux mains jointes, comme dans une attitude de prière.
L'ancien pilote de ligne Jean Charles Duboc reprend le récit de l'observation qu'il a pu faire depuis la cabine de son avion de ligne, en vol et qui, dit-il, a duré deux minutes. Par temps clair, en étant pris en charge par un contrôle radar au sol, lui, son copilote et l'hôtesse, situés tous les trois dans la cabine de l'avion, aperçoivent soudain un objet « situé à dix heures », dont Duboc estime la distance à 40 kilomètres et la dimension « entre 200 et 500 mètres de diamètre ». Cet objet disparaîtra en fin d'observation, sous leurs yeux. Je lui demande si cette disparition a été instantanée et il me répond « non, ça s'est fait progressivement, en quelques secondes ». Il précise qu'il est beaucoup plus facile d'estimer la distance et les dimensions d'un objet quand on est en vol qu'à partir du sol.
Quelqu'un demande à Duboc s'il a fait un rapport à la gendarmerie, suite à cette affaire. Il répond que non, et ajoutera qu'il ne se mit à témoigner de cet incident que lorsqu'il fut dit ou écrit qu'il avait refusé de le faire.
Jean-Jacques Vélasco commente ce témoignage en disant que ce sont précisément des dossiers de ce genre qui sont intéressants, quand l'observation faite par des pilotes, en vol, est confirmée par un suivi radar faite par des installations au sol. Il ajoute que les radars militaires opèrent dans des fréquences qui les rendent à même de recueillir un écho émanant d'objets métalliques.
Tout au long de l'émission, Jean-Jacques Vélasco s'affirmera comme un chaud partisan de l'hypothèse véhiculaire. À un moment, il rappelle sa conclusion en quelques phrases :
- Pour moi, ce sont des objets matériels, des machines volantes animées par une technologie que nous ne comprenons pas, et guidées par des intelligences.
Stéphane Bern le présentera comme la personne qui, au CNES, a géré le dossier ovni pendant 28 ans.
En début d'émission, j'ai très brièvement dit que le CNES avait pris la décision de publier 1250 PV de gendarmerie, correspondant à six mille témoignages mais que, selon l'aveu même de Patenet, ingénieur chargé de cette opération de compte rendu d'activité, ces rapports ne sont en rien différents de ce que peuvent écrire les gendarmes pour des accidents de voiture.
L'émission sera émaillée par différents dossiers préparés par l'équipe, comme un "micro-trottoir", véritable pitrerie. On notera la réaction très positive d'un public de jeunes, très style "enfants de la télé", qui rient très franchement et applaudissent vigoureusement à ces présentations médiocres, qui ont toutes un point commun : folkloriser (et décrédibiliser) le sujet. Le public est placé derrière les deux "camps d'intervenants", face à une caméra télécommandée qui circule le long d'un rail et est chargée de filmer l'assistance. Visiblement ces gens sont venus dans l'espoir d'apparaître à l'écran, certains ayant adopté des tenues excentriques, dans l'espoir d'attirer l'attention.
Je n'ai pas un souvenir très précis de la demi-douzaine de dossiers présentés, qui s'affichèrent sur des grands écrans que tous les présents pouvaient voir. Parmi ceux-ci, une interview du journaliste Jean-Claude Bourret. Compter également des présentations au banc titre d'ouvrages récemment publiés par certains intervenants (un livre co-écrit par Vélasco et le journaliste Montigiani, entre autre) et les bandes-annonces de différents films, dont celui auquel a participé l'actrice Anémone, et celui réalisé par Bernard Werber.
À plusieurs reprises, y compris en fin d'émission, je me suis efforcé de faire passer le message se référant à la création de notre association UFO-SCIENCE. Je me suis senti en règle général en complet porte-à-faux vis-à-vis du climat général de l'émission. J'ai rappelé, comme cette émission était censée faire l'objet d'une synthèse émanant de deux juristes, que le dossier ovni n'avait jamais été scientifiquement instruit et que nous nous proposions de le faire, grâce à des expériences en laboratoire.
En fait, j'ai été le seul à apporter quelque chose de nouveau au contenu de ce genre d'émission, débouchant sur un réel projet. Quant au reste, il s'agissait d'évocation de témoignages (certains étant parmi les plus crédibles) et de formulation de croyances, d'opinions. J'ai essayé de tirer le débat vers des aspects techniques, sans succès (absence de bang pour des évolutions supersoniques).
Les frères Bodganoff, cheveux teints et lentilles de contact bleu ciel, sont présents dans "le camp des non". Bern leur demande par deux fois comment ils considèrent le phénomène. Leurs réponses sont d'ordre littéraire ou philosophique. Rien de concret, rien de précis.
Nelson Monfort, journaliste sportif nous donne un récit très précis de son propre témoignage. Il a évoque son observation, sur l'horizon, d'un rectangle scintillant, pendant plusieurs dizaines de secondes, qui soudain s'incline à 45° et bondit vers le ciel en disparaissant en un clin d'œil, dans un silence total.
La psy tente de ramener ce récit à l'observation d'un mirage, à une illusion quelconque, en maintenant une position empreinte d'a priori, qui ne laissait aucune place à une autre hypothèse interprétative que la sienne.
Suite au témoignage de Montfort, je tente encore d'attirer l'attention sur les aspects technico-scientifiques, sur la question essentielle que ce genre d'observation soulevait : « est-il possible de voler à vitesse supersonique sans le moindre bruit, sans faire d'onde de choc, de bang ? » et en disant que nous allions monter un laboratoire et tenter de prendre ce problème à bras le corps, en dehors de toute institution, puisque rien n'avait été fait dans cette voie. Mais personne ne relève mon propos.
Stéphane Allix prend le contre-pied de la position de la psychologue en évoquant les travaux du psychiatre John Mack : la question des abductions, les séquelles psychologiques subies par les personnes impliquées, et le fait qu'il s'agisse de sujets psychologiquement parfaitement normaux. Il évoque une enquête qu'il a faite dans un pays d'Afrique du Sud, où de nombreux enfants d'une école ont été témoins d'un atterrissage d'ovni, avec débarquement de personnages de petite taille, style "petits gris". Un court dossier projeté montre de courts extraits de ce reportage, où on voit parler les enfants, ainsi que le dessin qu'ils ont fait de l'engin et de ses passagers. La psychologue et l'ufologue Dominique Caudron invoquent de nouveau l'illusion, le fait que ces enfants n'auraient fait que reproduire des images que tout le monde a maintenant vu dans les médias.
L'intervention de Bernard Weber est quelque peu déconcertante. Il suggère d'envisager la possibilité que nous soyons absolument seuls dans l'univers (…). Quelques extraits du film qu'il vient d'achever, « Nos amis les hommes » consacré à la description d'une espèce étrange, sont projetés. Werber y analyse l'espèce humaine comme « l'ensemble des habitants d'une fourmilière ». De toute évidence, son propre travail et la présentation de son film l'intéressent plus que le dossier ovni. Même remarque pour les interventions de l'actrice Anémone.
Conformément à la règle en vigueur dans l'émission L'Arène de France, à l'issue du débat deux "avocats" ont développé leurs plaidoiries respectives en faveur du oui ou du non.
Les plaidoiries de nos deux "avocats" se résumèrent donc à des assauts d'humour, de qualité chez celui des "contre", médiocres pour l'avocat "du camp des pour". Adopter le ton d'une dérision humoristique peut se comprendre pour le premier des deux. Celui-ci rappelle que Stéphane Bern avait animé dans le passé des émissions « en tenant le petit doigt en l'air ». Il se demande dans ces conditions, en faisant ainsi références aux personnages de l'antique série américaine Les envahisseurs, si l'animateur n'est pas lui-même... un extraterrestre. Il termine en évoquant le témoignage de Nelson Montfort en se demandant si celui-ci, habitué à commenter les compétitions de patinage artistique, n'a pas emprunté à cet univers cet image « d'objet scintillant » et si, voulant ainsi introduire plus de virilité il n'a pas décrit « l'envol d'un terrain de football ».
La plaidoirie de l'avocat "du camp des oui" fut totalement décrédibilisante. Cet homme n'a fait que reprendre l'argument qu'il avait présenté tout au début de l'émission, et qui peut être résumé à :
- Pourquoi chercher à tout prix des preuves de la matérialité, de l'existence réelle des extraterrestres et des ovnis puisque, à l'instar des personnes et des machines relevant de fictions, il est suffisant de les nommer pour qu'elles accèdent à l'existence ?
Un tel discours montrait :
- Soit qu'il nous prenait pour de complets imbéciles,
- Soit qu'il n'avait rien écouté des propos tenus lors du débat,
- Soit les deux à la fois.
Ces plaidoiries furent suivies par un nouveau vote au sein du public, dont le résultat est cette fois très légèrement en faveur des "partisans du oui" : 50 % et quelques pour, 49 % contre, etc.
Cette émission n'est pas un débat d'idées. C'est un talk-show dont le but est de faire de l'audimat par l'humour, comme pratiquement toutes les émissions télévisées d'aujourd'hui. Que ces coupes sombres soient dues à un simple "montage à la serpe" permettant de caser l'ensemble de l'émission en 55 minutes, ou qu'elles soient dues à une "censure" plus subtile, comme mesure de rétorsion face à Jean-Pierre Petit refusant à Stéphane Bern d'ouvrir le sujet sous "l'angle purement folklorique de l'affaire Ummo", on regrettera que toutes les interventions concernant la création du laboratoire dans Paris sous l'égide d'une association, UFO-Science, aient été sabrées.
L'émission est visible en ligne sur le site Dailymotion. Nous n'enverrons pas directement vers la page en question mais vous n'avez qu'a effectuer une recherche avec par exemple les termes arene ovni. |